Janvier 1871 : tout savoir sur la Bataille de Changé

Rendez-vous le temps d’une soirée “virtuelle” le mardi 26 janvier à 18h30 pour découvrir l’histoire de la Bataille du Tertre de Changé !

Il y a 150 ans jour pour jour, Changé fut le témoin des combats sanglants et acharnés qui opposèrent les troupes françaises et prussiennes pendant la Bataille du Mans. Érigé en 1910 le Monument du Tertre, témoigne de ces combats à l’endroit même où sont tombés plus de 420 soldats.

Affaiblis par des semaines de combats, transis de froid par un hiver très rude, où la neige, le vent et la pluie glaciale rendent les conditions particulièrement rudes et difficiles, les soldats français tentent de contenir l’avancée et de faire face aux troupes prussiennes déterminées et plus aguerries…

Retour sur cette page d’histoire locale aux conséquences nationales…

Quand Napoléon III déclare la Guerre à l’Allemagne le 19 juillet 1870, il pense que ce sera vite réglé, et que l’Armée française écrasera rapidement les troupes du Roi de Prusse Guillaume 1er, dirigées par le Chancelier Bismark.

Mais après quelques mois, les troupes françaises inférieures en nombre . et moins préparées techniquement, . subissent de lourdes défaites jusqu’à l’encerclement de Metz . et la terrible défaite de Sedan en septembre 1870 . où sont faits prisonniers plus de 83 000 soldats et 14 000 blessés ., et jusqu’à l’Empereur lui-même, Napoléon III qui est forcé d’abdiquer . ce qui marque ainsi la Fin du Second Empire. .

Le 4 septembre 1870, la 3ᵉ République est proclamée et le Gouvernement de Défense Nationale est nommé à Paris et dirigé par le Général Trochu. Ne voulant laisser aucune chance à ce nouveau pouvoir, l’invasion prussienne continue inexorablement jusqu’à la Capitale, qui est encerclée le 19 septembre et subit un siège terrible.

Pris au piège pendant plus de 4 mois, les Parisiens affamés iront même jusqu’à manger les animaux domestiques, les rats et même les animaux du Zoo de Vincennes !

C’est à ce moment qu’à lieu le fameux épisode où Gambetta s’enfuit à bord d’un ballon, pour coordonner le gouvernement et les forces armées militaires depuis la ville de Tours, puis plus tard à Bordeaux.

La seconde armée de la Loire, commandée par Chanzy, attire les troupes prussiennes vers l’Ouest de la France. Le passage vers Le Mans doit être impérativement verrouillé et Changé se trouve au milieu de ce dispositif défensif mis en place par Chanzy. Si les Prussiens réussissent à prendre le Tertre, la route du Mans leur est définitivement ouverte, d’où l’importance stratégique de Changé.

Les 9 et 10 janvier, Chanzy essaie de lancer deux attaques sur Ardenay et Parigné-l’Evêque contre le 3e Corps d’Armée prussien, conduit par le général Alvensleden. Mais c’est un échec…

Les prussiens déferlent sur Changé !

10 janvier… Ils arrivent !!

En ce 10 janvier 1871, les habitants de Changé vaquaient à leurs occupations sans penser que l’ennemi était si près. Deux Régiments appartenant au 33e Mobiles sont cantonnés à Gué-la-Hart et Amigné. Et ces avant-postes tiennent cette ligne Gué-la-Hart / Gondrière / monceaux / Amigné…

Tout est calme. Les soldats de la brigade Ribell sont passés en revue sur la place de l’Église par l’amiral Jaurréguiberry quand des paysans surgissent en hurlant :

« Les troupes prussiennes sont en mouvement ! Ils arrivent ! ».

Aussitôt, les deux régiments rejoignent leurs cantonnements prêts à affronter l’ennemi.

Les Prussiens arrivent par l’Est depuis les Commerreries, les Rossays et les Brosses, faisant jonction au lieu-dit « Gué-la-Hart » . 

Deux autres groupes arrivent de Parigné par l’ancien chemin de Saint-Calais, et par la route départementale du Grand-Lucé au Mans.

À midi, les premiers coups de fusil claquent. .

Les mobiles de la Sarthe et le 2e Bataillon, en réserve sur la place de la mairie, partent en direction des Noyers  afin de défendre le pont sur l’Huisne. Selon le témoignage d’un Changéen, le combat fut acharné, les Prussiens tirant profit du moindre fossé, de la moindre haie, se réfugiant dans chaque abri. Les blessés français arrivaient du combat, aussitôt pris en charge par l’ambulance située sur la place.

Les Prussiens avancent toujours. Au nord de Changé, la brigade Ribell doit quitter précipitamment les fermes qu’elle avait fortifiées auparavant. Avec héroïsme, les soldats français reprennent momentanément, vers 15 heures, le château d’Amigné.

Vers 16 heures, les balles sifflent toujours au niveau de Gué-la-Hart. Les soldats français se replient dans le bourg. A la tombée de la nuit, les châteaux d’Amigné et des Arches passent définitivement sous le contrôle de l’ennemi. Tout semble perdu. De plus, le temps couvert fait place à l’obscurité…

À 19 heures, les Brandebourgeois arrivent au pont du Gué-Carré et donnent l’assaut du bourg au niveau de la Grande-rue. Les Changéens regrettèrent, par la suite, de ne pas avoir pensé à créneler le mur de la Tannerie pour défendre l’entrée du village. Tout à coup, une détonation épouvantable se fait entendre du côté du cimetière

On eût dit un volcan qui s’entrouvrait !

Puis un crépitement continu se fait entendre durant deux ou trois minutes. Les Mobiles de la Sarthe, réfugiés derrière les talus longeant le cimetière, ouvraient le feu contre les Allemands venant d’Amigné.

Mais d’autres Prussiens, qui venaient de tenter de prendre le plateau d’Auvours et le pont sur l’Huisne, se rabattent sur Changé par le cimetière et viennent aider leurs camarades. Trop peu nombreux, les Français sont refoulés dans le bourg, suivis de près par les Allemands. Bientôt, la fusillade cesse, on n’entend plus que quelques tirs au loin. Après un long et sanglant combat de rues, les troupes françaises se replient sur le Tertre, laissant le bourg de Changé aux mains des troupes allemandes.

La place, vide, est occupée par les Allemands. Ceux-ci prennent possession du village.

 Les officiers s’installent aux châteaux de Chefraison et de la Paillerie ou dans les maisons bourgeoises (Amigné, les Arches, la Girarderie) afin d’être frais et dispos pour la bataille du lendemain qu’ils jugent difficile. La troupe allemande, quant à elle, cherche abri chez l’habitant avec des bons de réquisition. Fouillant les maisons du bourg, ils réunissent sur la place les blessés qui deviennent leurs prisonniers.

Certains soldats réquisitionnent même la boulangerie afin de faire du pain pour leur régiment !

Quant aux habitants, ils ont l’ordre de rester chez eux. Mais la retraite des Arches découvre le passage de l’Huisne par les Noyers et l’Epau, donnant ainsi l’accès au Mans à l’armée prussienne.

Chanzy donne alors l’ordre d’occuper le Tertre et les Granges pendant la nuit.

Au soir de ce 10 janvier 1871, au pied du Tertre, les hommes du 33e Mobile et les chasseurs à pied bivouaquent dans les tranchées préparées depuis quelques semaines.

Quant aux Brandebourgeois, ils disposent leurs avant-postes dans les fermes isolées, au niveau du lieudit « les Pavillons ».

Les deux régiments s’observent à une soixantaine de mètres de distance l’un de l’autre. La nuit sera longue car chacun sait que la bataille du lendemain sera décisive.

Chanzy, qui était venu visiter le front la veille, avait donné l’ordre de boucher le passage de la route de Changé au Mans, passant par le Tertre, Malheureusement pour les Français, cette route était bordée d’un talus qui cachait la voie. À 250 m de là, un vieux chemin creux entouré de châtaigniers pouvant servir d’abri rejoint la route du Mans au lieu-dit « le Carrefour ». Ces deux routes croisent à cet endroit le Chemin-aux-Boeufs, allant d’Yvré à la Butte-des-Fermes et au Tertre-Rouge (ouvrant ainsi la voie vers le sud du Mans).

Pour protéger cet endroit stratégique, Chanzy a fait creuser une longue tranchée allant du Pavillon au Grand-Auneau.

11 janvier : la journée décisive

Le jour se lève sur un paysage enneigé et calme.

Les troupes françaises peuvent apercevoir les casques à pointe à seulement 60 mètres en contrebas. Mais personne ne tire. Un capitaine du 33e Mobile raconte cet instant :

Le froid perçait jusqu’aux os, les dents claquaient, le froid surtout Était intolérable.

Pour se réchauffer et se distraire, les mobiles se battent à coup de boules de neige, oubliant ainsi pour un instant la dramatique de la situation !

À 11 heures, le 33e  Mobile est relevé par le 45e de Marche de la division Jouffroy et un régiment de chasseurs à pied. Les soldats, après dix heures de garde, peuvent enfin regagner leur bivouac situé à la Butte-des-Fermes et échapper aux violents combats qui vont suivre.

À 12 heures, une fusillade éclate : les Prussiens essaient d’envelopper le Tertre, abrités derrière le talus de la route du Mans.

À 14 heures, les Français soutiennent plusieurs assauts, mais sont vite débordés et, pris à revers, perdent la moitié de leurs hommes. Les Prussiens avancent toujours vers le Carrefour. Les Français, armés de leurs baïonnettes, tentent quelques sorties, en vain. Une compagnie française envoyée dans le chemin creux est complètement anéantie. Les soldats français tombent en grand nombre dans la neige, qui se teinte peu à peu de rouge.

Vers 15 heures, des renforts arrivés du Mans avec deux pièces d’artillerie, deux canons appelés « Kinburn » et « Morgan » tirent vers le Pavillon et Courte-Boule, aux mains des Prussiens.

Les gros châtaigniers, criblés de balles, devront être abattus.

Vers 16 heures au château de La Paillerie, les prussiens se heurtent à la division de Roquebrune et se replient sur Parigné.

Vers 18 heures, profitant de l’obscurité, les Prussiens tentent de s’emparer des deux pièces d’artillerie mais sont repoussés héroïquement.

Vers 20 heures, après deux contre-attaques et des combats à bout portant, au revolver et à coups de baïonnettes, les Prussiens sont chassés du Carrefour et du Chemin-aux-Bœufs. L’ennemi bat en retraite, de nombreux blessés prussiens traversent le bourg.

Au soir de celte bataille, les Français tiennent toujours leurs positions, mais le bilan est très lourd.

Du côté Prussien, deux sous-officiers et trente hommes de troupe ont été tués. Ils tiennent la Tuilerie.

Chacun sait que la journée du lendemain sera décisive.

12 janvier 1871 : tout bascule

Durant la nuit, chacun est resté campé sur ses positions de la veille : les Français tiennent toujours le Chemin aux-Boeufs et le Carrefour, et les Prussiens sont sur le Tertre, et paraissent épuisés, à bout de forces, alors que les Français se sentent prêts à en découdre pour reprendre le Tertre.

Pourtant, tout va basculer en quelques minutes.

À 8 heures du matin, c’est dans un brouillard épais que les Français apprennent que la Tuilerie du Tertre-Rouge, un peu plus au sud, est tombée aux mains des ennemis qui s’apprêtent à entrer au Mans. Toutes les troupes françaises de la seconde armée de la Loire reçoivent l’ordre de retraite générale vers la Bretagne.

Les troupes changéennes, qui avaient su garder les points stratégiques toute la nuit se voient contraintes d’abandonner leurs positions et de les céder à l’ennemi sans tirer un seul coup de feu !

De nombreux morts étaient tombés, et il fallait néanmoins se retirer et laisser les Prussiens entrer au Mans, ce qui fut ressenti par tous comme une véritable humiliation. Les routes du Mans sont bientôt encombrées de soldats et de matériels qui se replient vers la route de Laval et la Bretagne. Seule la compagnie installée à la butte des Fermes a résisté jusqu’à la dernière cartouche jusqu’à midi.

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